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Bruno Bisaro

  • DE LA CONDITION OUVRIÈRE

    (Extraits)

     

     

    On ne grandit que par l’action, jamais par son œuvre. C’est ainsi. Voilà pourquoi les artistes tiennent autant à leur condition et même à leurs conditions matérielles. Comme le soldat tient à sa solde. Comme tout un chacun. Comme le miséreux tient à son existence misérable. Nous n’entrons dans l’action que par accident.

     

     

     

    L’ouvrier n’avait pourtant jamais cessé de grandir par sa condition. Et puis, il a gagné en personnalité. Dans son œuvre mais aussi par désœuvrement.

     

     

    Nul ne peut renoncer, je crois, à son propre récit, à son propre ouvrage. Disons que nous avons survécu à la chute de l’Empire romain et que nous perdurons çà et là, dans ce qu’il nous reste de culture. Je perdure, je persiste. Je perdure dans le nombre, dans toute cette armada. Je suis un ouvrier modèle. Pas d'exemple. Nul ne devrait renoncer à l'action.

     

     

    Seul celui qui agit se tient au chevet de l’humanité. L’œuvre d’art, qui est toujours l’œuvre d’un autre que soi, n’est là que pour témoigner. Et lorsqu’au sortir de l’action, lorsque dans son action, l’on a échoué à force de volonté (on se sent alors seul et désœuvré, seul, dans la durée) il arrive que l'on en revienne à la seule question qui mérite d’être posée : la question des origines. La question des origines n’est pas la question de l’éternité. Elle est la question de la postérité de la condition ouvrière. Il arrive finalement qu’on en revienne à se poser cette question-là.

     

     

     

     

    Bruno BISARO
    Saint-Maur, mai 2020

    Club MEDIAPART

     

     

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  • L'ESPÉRANCE

    C'est une République des sages. On tient son rôle dans l'histoire, son rang dans la hiérarchie des sages. On tient son corps, sa pensée dans une géographie. On agit, on prend acte mais jamais l'on ne prend part à l'action. Dans ces lieux, il y a en France aujourd'hui des millions de Français à qui l'on ne parle pas, auxquels la majorité a résolument refusé de s'adresser. Ce sont aussi parfois des lieux sans point de vue que ceux de la majorité. Des lieux sans opinion véritable. Des lieux indignes, sans indignation. Des lieux réellement insondables. Des lieux sans épreuves, des lieux réprouvés. Des lieux finalement, sans démocratie. 

     

    En ce jour de défaite, brûle encore notre espérance. Le feu de cette espérance sera toujours pour moi, celui de la minorité.

     

     

     

    Bruno BISARO

    2017, Bruitage*

    L'Envers du décor est-il toujours un infâme ? Lieux-Dits 2015-2017

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  • CHANTER

    Chanter la nature profonde d'un ciel de traîne au point d'équilibre provisoire.

     

     

     

    Bruno BISARO

    2020, Bruitage* / Les Ouragans Gris

     

     

     

     

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  • JE VIENS

    Je viens de loin

    Au fond, des siècles et des saisons

    D'un coin perdu, d'une poussière

    D'une nation

    J'ai traversé l'océan à pieds

    À la frontière tu m'as dit

    Non, non, non

     

    J'ai jeté l'encre

    Tant que j'ai pu, j'ai touché le fond

    De cette terre où je suis né

    Dans ma maison

    D'autres m'ont invité à me taire

    J'ai peur de l'eau

    J'ai mes raisons

     

    Je viens de loin

    Du fond du cœur, d'autres régions

    De la mémoire et des cimetières

    D'autres raisons

    À pieds secs, l'océan entier

    Salut mon frère

    J'oublie ton nom

     

    Je viens de loin

    Et du ciel bleu de l'horizon

    Pas d'une histoire ordinaire

    Mais d'une chanson

    Devant moi

    Dérivent des continents en pieds

    En sang papier

    En sang crayon

     

    Le temps de loin

    Défait les jours et les saisons

    Le temps perdu

    Le temps lumière

    J'ai traversé l'océan à pieds

    Et toi mon frère, je t'ai cherché

    Et toi mon frère, je t'ai cherché

    Et toi mon frère, je t'ai cherché…

     

     

     

    Paroles et musique :

    Bruno BISARO

    2010, Bruitage* / La Riposte

    2020, Bruitage* / Les Ouragans Gris

     

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  • L'INNOCENCE

    Il existe des régions humaines où le simple fait d'exister nous rend coupables. Ce sont des régions où l'innocence d'exister a disparu depuis longtemps.

     

     

    Bruno BISARO

    Paris, 2009

    2010, Bruitage* / La Riposte

     

     

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  • QUI JE SUIS

    (Extraits)

     

     

    Plus que jamais, la bataille que nous devons mener n'est pas celle de l'identité mais celle de la culture. Il est possible aujourd'hui que nous nous soyons vaincus nous-mêmes au point de ne plus savoir qui nous sommes et pire que cela, au point de ne plus savoir qui nous voulons être. Mais il nous reste aujourd'hui la force et la joie intacte d'écrire, de dire. Il nous reste la force de livrer bataille. Il nous reste la joie du plus faible. Au maldisant, la joie de tenir son rang comme on tient le haut du pavé. Le temps n'est pas encore venu d'entrer en littérature.

     

     

     

     

    J'ignore à peu près tout de la continuité. D'où mes erreurs d'appréciation et de jugement. Je connais les épreuves de la vie profonde mais vis comme un terrassé. Écrire à perdre connaissance, à retrouver connaissance, écrire au point de revenir à soi. Écrire après le vertige, jusqu'au malaise de ce qui s'écrit, se précise, reste encore à préciser, se tient contre soi-même, debout, couché, hors de portée. Écrire est un acte malaisé.

     

     

     

    Dans mon ignorance, parmi les hommes de la colonie et parmi les hommes du nombre, et dans le souvenir d'autres hommes du passé, j'avance comme je peux, par moments, m'arrête et prends la pose, prends la pose et m'éloigne, disparais comme une fille, remonte à la surface et comme le nombre à l'état sauvage, comme chacun d'entre eux, gagne à exister, n'existe que par contraste, invente la nuit noire, en retiens par cœur certains passages. Je suis un homme, une femme en exil. Je suis un homme par esprit de contradiction.

     

     

     

     

    S'extraire alors, s'échapper, traduire.

    Retourner à la parole et aux chants de l'exil.

     

     

     

    Bruno BISARO

    2017, Bruitage*

    L'Envers du décor est-il toujours un infâme ? Lieux-Dits 2015-2017

     

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  • LES SYMBOLES

    Lâchez nous avec vos symboles.

    Avec vos étendards, vos bannières, vos drapeaux.

    Lâchez nous.

     

    Julien

    Aux Épouvantails Médiatisés, Poésie Debout, Nuit Debout

    #151 mars 2016

     

     

    (Extraits)

     

     

    Est poète celui qui tente d'échapper au symbole pour qu'existe de nouveau en lui la profonde réalité du mythe.

     

    Le mythe existe dans la parole et dans les gestes du quotidien, bien avant d'exister dans l'écrit. Il existe dans le silence, il existe dans le chant. Il existe dans les rituels bourgeois comme dans les rituels populaires. Il existe dans l'instinct de survie.

     

    Le mythe existe dans l'innocence, dans ce qui se tient hors d'état de nuire et hors de vue, dans l'espace premier. Il existe à chaque instant, dans notre façon de marcher, de nous habiller, de construire nos maisons, d'habiter nos maisons, d'habiter nos habits, d'habiter notre marche… Dans ce qui se tait et qui déjà se dit.

     

    Le symbole ne nous dit rien d'autre que notre impuissance.

     

    Le sentiment de notre propre disparition plonge en nous, comme une croyance nationaliste. C'est une peur bleue, viscérale, comme la peur bleue d'exister sans patrie. Elle est en quelque sorte le mythe actuel, fondateur, de la fin de toute civilisation. Sans elle, point de salut, point de symbole.

     

    L'idée de civilisation réside dans la peur du jour, lorsque les hommes, dans un état de faiblesse générale, vont jusqu'à épuiser leurs dernières forces cosmiques et mythiques, leurs dernières cartouches, au point de se mettre à écrire, d'inventer un langage nouveau, de porter leur nom et de le graver dans la pierre, au point de se faire modiste ou de se faire architecte, de se choisir un père, marcher à sa suite, lui déclarer la guerre, en héros du mythe, toujours, avec des intentions particulières.

     

    Le poète ne sait pas la perte d'inspiration. Il est le mythe parce qu'il le dit et pour autant qu'il le soit et qu'il ne soit lui-même ni assez civilisé pour ériger son poème en symbole, pour ériger son œuvre en œuvre symbolique, ni assez barbare pour sombrer dans la barbarie, dans l'autocensure, dans l'oubli actuel, dans la mort symbolique, il ne craint pas, lui, de porter le chapeau, d'écrire le discours du monarque et du sujet, le discours républicain et d'autres discours encore etc. etc. 

     

    Il se fait auteur. Il se montre encore plus sombre que les lieux vers lesquels il sombre et qui sont les lieux du pouvoir et de la psychanalyse.

     

    Il se fait auteur, il court à sa perte etc. etc. 

     

     

     

    Bruno BISARO

    2017, 2020, Bruitage*

    L'Envers du décor est-il toujours un infâme ? Lieux-Dits 2015-2017 / Douleur

    Les Ouragans Gris / Nice

    Interprète : Frédéric Cuif

     

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  • FIERTÉ

    La marche des fiertés n'est pas seulement une démonstration du monde libre, démonstration occidentale… 

     

    C'est avant tout un récit intérieur, quelque chose de présocratique, le cheminement d'aspirations profondes, ancestrales, antérieures au monde libre…

     

    Dans ce rituel, ce qui fait sens, ce qui fait corps, réside dans le silence, dans le silence du marcheur, dans ce qu'il a gardé en lui, à l'intérieur de lui et qui le restera, dans le silence d'un cœur entre deux battements, dans ce qui est inaudible, demeure à peine visible à l'œil nu, dans ce qui n'est plus lisible aujourd'hui, sinon dans la rancœur et qui s'exprime ici. C'est un silence intact au cœur, sorte de second battement, imperceptible et persistant, comme un dialogue avec la nuit, intact, comme la pudeur d'Octave et la pudeur d'Octavie, intact, comme tout ce qui persiste. Le récit de soi est toujours religieux et antique.

     

    Le marcheur du centre-ville côtoie le marcheur des banlieues, des faubourgs et des campagnes, le marcheur de la capitale, ceux venus d'autres capitales et des villes de province.

     

    Chemin de croix, route vers Rome, route de Damas ou de Constantinople, j'appelle cela comme je veux !

     

    Le visage du marcheur est comme la transfiguration du Christ, citoyen d'Athènes. Sa main a frôlé la mienne.

     

    Les fiertés sont inciviles et non barbares.

     

     

     

    Bruno BISARO

    Paris, 2009

    2010, Bruitage* / La Riposte

      

     

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  • FUYONS

    Le poète est seulement disponible à l'expression. Il ne parle jamais à la foule. La liberté est un plongeon confortable pour le poète des bas-fonds. Mourir idiot n'est pas honnête. Fuyons.

     

     

    Bruno BISARO

    2012, Bruitage* / Joseph n'est pas rentré

     

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  • MONOLOGUES DE LA MER SK.

     

    Le marin a l'air heureux

    Je précise qu'il en a seulement l'air

    Regarde il pense à moi il est tout seul

    Il a laissé son chapeau au vestibule

    Au potager des chapôs ridicules

     

    Bruno Bisaro est mort lui-aussi

    On savait bien qu'il finirait par se jeter platement sous un autobus

     

    Je le vois mon marin

    Il est devant moi

    Il est venu finalement

     

    Il est venu le jour de ma mort

     

    Il me salue en agitant son feutre

    Le drôle il me couvre de fleurs

    Et dans l'air feutré des fourmis se tordent

     

    Pourquoi flottes-tu dans ton chapeau

    Melon marin

     

    Le poème n'a jamais raison du fleuve

     

     

     

    Bruno BISARO

    2005, les éditions Geneviève PASTRE / L'intrépide Bruno Bisaro

     

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