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JOURNAL

  • LE PRÉSENT


     

    Le Présent

    Paroles et musique : Bruno Bisaro

    Réalisation : Camille Riey

    Les Productions Bruno Bisaro, 2024

     

    L'intrépide Bruno Bisaro et autres poèmes

    Ouvrage à paraître le 2 janvier 2026

    Éditions Parole et Silence

  • COMMENCEMENT

    Alors, de nouveau, les pères.

    Les pères, les fils.

     

    L'histoire est toujours la même.

    Lorsque les pères le décident,

    Lorsque sonne l’heure,

    L’histoire, ils l’écrivent,

    Ils la font leur.

     

    Faut qu’ils la signent,

    Faut qu’elle se fasse comme ils l’écrivent,

    Faut qu’elle s’écrive comme ils la font.

     

    Au nom du père,

    Au nom du fils.

     

    Et en chemin,

    Chemin faisant,

    Il faut faire taire ceux-là.

    Les fils et les filles.

    Et ceux-là même qui jadis, avaient cru

    Un temps,

    Au temps présent,

    Au temps non tu de leur histoire.

     

    Mais que l’histoire puisse se faire,

    Ou encore qu’elle puisse se taire,

    L’histoire s’écrit comme elle s’écrit,

    L’histoire s’écrit en sifflotant.

     

    S’il fallait écrire l’histoire des pères,

    Il faudrait écrire tout ce qu’elle n'est pas.

    Il faudrait écrire tout ce qu'elle est :

     

    L'histoire contre les poètes,

    L'histoire contre les femmes,

    L'histoire contre les filles,

    L’histoire contre le peuple,

    Contre celui qui désire,

    Le mauvais fils,

     

    Chemins de ronde à arpenter

    Comme on arpente tous les chemins

    Du fœtus jusqu’à la mère.

     

    L’histoire est toujours le lieu du père.

    Elle est toujours le lieu de la pratique d’être père.

     

    Nos hommes tiennent leur rôle,

    Le rôle que l’on jouait, hier encore,

    Le rôle que tous jouaient,

    Le rôle que l’on savait jouer,

     

    Le rôle que les hommes tenaient hier,

    Ici, à la même heure,

    Eux qui savaient tenir,

    Et qui tenaient si bien,

    À l’église, à l'usine,

    Au café,

    Dans les dortoirs,

    En prison, ici même,

    Dans les prisons du déterminisme historique,

     

    Geôliers, prisonniers, trafiquants d’armes,

    La veille au soir, le matin même.

    Chemins de croix.

     

    Les pères, ils ont bon dos.

    Ils ont les reins solides.

     

    Les fils s’en vont,

    Mais s’en reviennent pour tuer les pères.

    Ils reviennent toujours, les fils prodigues,

    Tuer les pères.

     

    C’est la voie de l’apprentissage.

    C’est la voie des affaires.

     

    Nos hommes tiennent leur rôle,

    Le beau rôle,

    Et ce sont tous,

    Maîtres et apprentis.

     

    Père, Pater, Father,

    Motherfucker,

    À épater galerie.

     

    Il n'y a pas de problème complexe.

     

    Père et fils

    N’ont jamais cessé de savoir ce qu’ils faisaient.

    En toute innocence.

     

    Ils n’ont jamais cessé de produire et de reproduire.

    Ils n’ont jamais cessé de se reproduire eux-mêmes.

     

    Innocemment.

    Coupablement.

     

    La guerre,

    Faudrait-il encore la dire autrement.

     

    Rien à entendre d’un chant littéraire.

     

    Ce sont des hommes, ce sont des pères,

    Ils sont des hommes aux chants qu'ils labourent,

    Ils sont des hommes aux heures creuses,

    Ils sont des hommes aux heures pleines,

    Ils sont des hommes en pouvoir,

    Ils sont des hommes déconstitués.

     

    Au théâtre, dans la cour d'Honneur,

    Côté jardin, une chaise toute seule.

    Elle plie sous le poids des rires,

    Elle plie sous le poids des pleurs,

    Et l’on se plie en deux,

    Et l’on se plie en quatre,

    Union sacrée des gesticules,

    À s’esquinter le dos rond,

    À s’esquinter le dos voûté.

     

    La chaise, elle, plie sous le poids

    Du père pleureur.

     

    Et ses pleurs sont des pleurs à vous couper le sifflet.

     

    Le comédien quitte la scène.

     

    Alors, côté cour,

    Les fils et les filles,

    Et toutes les vaches réunies,

    En un troupeau,

    En assemblée vacharde,

     

    Les vaches en totalité,

    Toutes marchent à sa suite,

    Toutes marchent dans les pas de l’homme devant,

    Toutes marchent dans les pas du père,

     

    Toutes marchent en pagaille,

    Mais d’un pas paternel.

     

    Et toutes rient

    D’un rire paternel,

    Et sortent en riant.

     

    C’est ici qu’on reprend l’histoire,

    C’est ici que l’histoire reprend :

     

    Au commencement étaient

    Les larmes d'un homme qui pleure sur lui-même,

    Au commencement étaient

    Les larmes d'un père pleurant sur son triste sort.

     

    Bruno Bisaro

    Paris, 2016

     

    L'intrépide Bruno Bisaro et autres poèmes

    Ouvrage à paraître le 2 janvier 2026

    Éditions Parole et Silence

  • L'INTRÉPIDE BRUNO BISARO

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    [Quatrième de couverture]
     

    "J’adresse mon poème aux croyants. Aux non-croyants. Aux personnes hétérosexuelles, homosexuelles, transsexuelles. À chacun. À chacune. Quelle que soit sa culture. J’adresse mon poème à toute la société. Mes combats politiques ont ravivé ma foi en Dieu et ma croyance en l’être humain. Comme ma rencontre avec les hommes et avec les femmes que j’ai aimés, a ravivé cette croyance. Je n’ai jamais mené mes combats politiques, militants, au nom de mes croyances. Je ne les ai jamais menés au nom de la religion. Ni au nom de l’art. Par la prière, par le poème, par le chant, on parvient à réconcilier ce qui est, demeure à jamais irréconciliable. Sont rassemblés dans ce livre, des poèmes de 1986 à aujourd’hui. Poèmes épiques, dramatiques ou de roman. Des paroles de chanson. Ce n’est au fond, pour moi, qu’un seul et même chant. Qu’une seule et même langue. Qu’une seule et même grammaire. Un bon grammairien doit être capable de questionner le genre. Il doit être capable de questionner le nombre. Le nombre, le singulier-pluriel. Le poème est société." Bruno Bisaro

    L’intrépide Bruno Bisaro est un poème chrétien. De bout en bout.
    C’est aussi le roman social d’un militant.

     

    Éditeur : Parole et Silence
    Parution : 2 janvier 2026
  • CHANTER

    Chanter la nature profonde d'un ciel de traîne au point d'équilibre provisoire.

     


     

     

    Extrait sonore : "Nos jours meilleurs"

    Auteur : Bruno Bisaro

    Interprète : Charlotte Costes-Debure

     

    Bruno Bisaro & Les Ouragans Gris

    Direction musicale et réalisation : Julien Vonarb

    Les Productions Bruno Bisaro, Bruitage*, 2020

     

    L'intrépide Bruno Bisaro et autres poèmes

    Ouvrage à paraître le 2 janvier 2026

    Éditions Parole et Silence

  • LE SYCOMORE

    (À Marina Tsvetaïeva)

     

    Dans le jardin de la Démence

    Dans ce jardin embusqué

    Ô Funestes jardiniers

     

    Se tient un vieil érable solitaire et robuste

    Droit comme un i centenaire

    En théorie

    En blessures isolées

     

    Et tout son pied prend racine

    Et tout son poids le fait plier

    Et le poids des années

    Et le poids des blessures

     

    Dans son antre

    Comme un lion

    Si l’on pouvait le voir rugir

     

    Quand cet autre apparaît

    Innombrable et soudain

    À tâtons

    À pas légers

     

    C’est au miracle qu’on crie bien haut

    Et au désordre des forêts

     

    Rugit alors dans un tourment

    Notre arbre robuste et solitaire

     

    Rugit bien fort

    Tient comme il peut

    Et craque sous les feuilles…

     

    Rugit ou grince

    Comme une armoire

    Comme un cercueil à ciel ouvert

    Comme vous l’entendez

     

    En faux platane

    Tremble sous l’écorce

     

    Mais il rougit

    Malgré son âge

    Malgré le siècle et les années

    Malgré l’été

     

    Rougit et meurt de ses blessures

    Rougit et meurt de ses rougeurs

    Et du chagrin de son soigneur

     

    Un forestier, un jardinier

    Un charpentier

     

    Rougit et meurt

    Et de son poids

    Et de son âge

     

    Et de son fruit

     

    D’être tombé

    D'avoir aimé

     

    Rougit et meurt

    D’avoir aimé

    En plein été

    Un jardinier

     

     

    Le sycomore

    Bruno Bisaro

    Padoue, Italie, Été 2019

     

    L'intrépide Bruno Bisaro et autres poèmes

    Ouvrage à paraître le 2 janvier 2026

    Éditions Parole et Silence