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  • LES OURAGANS GRIS

    (À Florence)

     

    Tu me diras bientôt

    Que les ombres d'hier

    Sont les ombres du soir

    Dans les ouragans gris

    Et cousus de fil blanc

    Défilé de nulle part

    Derrière l'obscurité

    Sont nos rêves à cheval

     

    Tu me le diras peut-être

    Ou tu ne me le diras pas

    On se rencontrera

     

    Tu me diras demain

    Que l'horizon est loin

    Dans les poches trouées

    D'un mendiant qui mendie

    J'ai su trouver les gestes

    De ceux-là qui nourrissent

    Tu me diras aussi

    L'horizon fait de gris

     

    Refrain.

     

    Tu me diras encore

    Qu'on est si loin de l'autre

    Qu'on est si loin de soi

    À midi au soleil

    D'un jardin ombrageux

    Qui se change en automne

    Dans l'oubli de personne

    Et dans l'oubli de soi

     

    Tu me diras encore

    Qu'on est si loin de l'autre

    Que je suis loin de toi

    À minuit ou ailleurs

    Au jardin ombragé

    Qui s'est chargé d'hiver

    Dans l'oubli de jeunesse

    Et quand jeunesse déçoit

     

    Refrain.

     

    Tu me diras bientôt

    Que le rouge d'hier

    N'est plus rouge pareil

    Dans les ouragans gris

    Et cousus de fil d'or

    Ou filés de nulle part

    Derrière l'obscurité

    Sont nos rêves déjà tards

     

     

    Novembre 2015

    Nouvel album en préparation Les Ouragans Gris / Paroles et musique : Bruno BISARO

    Réalisation : Julien VONARB

  • PREMIER AMOUR

    Je me perds avec toi

    Sur les chemins curieux

    Qu’on emprunte / Tu me suis

    À la trace

    Je me vautre sur le ventre

    Du cosmos en riant

    Couchée sur son couchant

    Une étoile

    Tout s’éclaire…

     

    Qui se trouve avec toi

    Sur les routes, bienheureux

    Dis-le moi, qui découvre

    Le feu

    À la place du cœur

    À la place du ciel

    Sur les chemins furieux

    Qui opère…

    Bienheureux

     

    Je me perds avec toi

    Sur les routes tout à fait

    Égarée me réchauffe

    Une polaire /

    À la place du nez

    Au milieu d’un visage

    Une mouche se mouche :

    Toi et moi

    Et son flair...

     

    Et perdu pour perdu

    Sur les routes…

    Mon ami se découvre

    À ma place

    Sur les sentiers battus

    Sur les sentiers qu’il bat

    Une mouche le tue

    En plein ciel...

    Tout est clair

     

    Et perdu pour perdu

    Sur les routes du monde

    Mon ami se retourne

    Dans sa tombe

    Sur les sentiers battus

    Sur les chemins connus

    Dans l’odeur qui s’est tue

    Qui se tait

    Tout à fait

     

    Au revoir mon ami

    Nos chemins se séparent

    Au revoir / Qui es-tu

    Je ne sais pas

    Et vautré sur mon ventre

    Ton visage au couchant

    Ton visage au levant

    Nul ne sait

    Tout à fait

     

    Au revoir mon ami

    Nos chemins se séparent

    Au revoir / Reste ici

    À ta place

    Car tombé dans mes bras

    Ton visage au néant

    Ton visage au riant

    Nul ne sait

    En effet

     

    Et perdu pour perdu

    Sur les routes…

    Mon ami s'en retourne

    À sa place

    Sur les sentiers battus

    Sur les sentiers qu’il bat

    L'éternel éternue

    Et le ciel

    Est si clair

     

    Et perdu pour perdu

    Sur les routes...

    Mon ami s'en retourne

    Dans sa tombe

    Sur les sentiers battus

    Sur les chemins connus

    Dans le jour qui s’est tu

    Qui se tait

    Tout à fait

     

     

    Paris, le 7 février 2016

    Nouvel album en préparation Les Ouragans Gris / Paroles et musique : Bruno BISARO

    Réalisation : Julien VONARB

  • FIN

    L'un :

    L'heure est venue, des pas retentissent dans l'escalier en colimaçon, dans l'eau du puits flottent des carcasses de viande, la carcasse de ton père et la carcasse de son acolyte et la carcasse de la bouchère, celle qui dans la tourmente, dans tes interruptions volontaires d'écrire, avait fait le pari audacieux de "leur faire fermer boutique" parce qu'ils étaient - selon elle - homosexuels,

    Ta mère ouvre la porte de la chambre, elle porte une robe à l'antique ou une robe du Directoire et sa chevelure est ornée d'une couronne de caryophyllacées, elle s'introduit dans la chambre et nous surprend tous les deux, elle s'invite dans nos jeux du docteur et dans nos jeux du cirque, elle invente de nouvelles règles et la règle du sexe opposé,

    Un chat a fait ses griffes et lui a lacéré les mollets, dans la chambre, Balzac contre Zola, Flaubert qui se tripote dans un coin, l'arsenic au coin de la bouche, et même Shakespeare, la reine est entrée dans la chambre froide, celle des deux amants ou de deux éminents professeurs de littérature générale,

    Elle est entrée dans la chambre double d'un hôtel particulier d'un autre siècle et non d'un autre temps, elle est venue se réfugier dans notre buisson ardent datant probablement de l'origine du monde et que tu peinais à imaginer en ma présence, la reine est entrée dans la nostalgie de nos rêves éveillés, elle est entrée dans tes rêveries futures qui n'effaceront jamais tes rêveries du passé,

    L'hypocrite est dans ta chambre parmi nous, dans un coin de l'un de tes placards laissés entrouverts, dans un coin de ton cerveau, dans notre quelque part à l'abri du monde et de la foule qui hante les cités nouvelles, quelqu'un d'autre que moi a voulu te prendre au dépourvu,

    Elle n'ignore plus rien de tes mensonges, tes mensonges à propos de la littérature et à propos du théâtre valent bien d'autres mensonges, ceux de la littérature contemporaine, ceux du théâtre contemporain, la reine est entrée,

    Elle entre dans le théâtre des enfants que nous étions et que nous n'aurons jamais, aujourd'hui nous mourons tous les deux, non par manque d'ambition mais par manque de savoir, loin de la chose contemporaine.

     

    L'autre : -

     

     

    Bruno BISARO

    Paris, printemps 2005

    2009, Bruitage* / Autoportraits en auteur dramatique / La norme hypocrite

  • CLIGNOTANT

    Marie (chanson du clignotant, sur un air de barbarie) :

     

    Clignotant,

    Tu es une prison de lumière et d'obscurité.

    Tu n'es jamais isolé mais tu provoques l'isolement.

    Tu es hermaphrodite.

    Tu es le jour et la nuit sur mon visage qui clignote.

    Comme un jour vers la nuit,

    Comme une nuit vers le jour.

     

    Clignotant,

    Tu donnes l'espoir et tu le reprends.

    Tu es l'illusion de l'espoir et l'espoir de l'illusion.

    Tu es tantôt présent et tantôt absent.

    Tu ne tues pas mais tu suspends la vie dans tes clins d'œil de lumière.

    Tu es le dormeur que l'on surprend sans cesse avec le masque du veilleur.

    Tu te veux protecteur mais tu portes l'uniforme de l'épouvante.

     

    Clignotant,

    Tu es le battement des paupières de l'hypocrite,

    Tu es l'œil de la police.

     

    Bruno BISARO

    Marseille, 1998

    2009, Bruitage* / Autoportraits en auteur dramatique / Le Fruit de nos Entrailles

  • CEREMONIES D'ENTERREMENT DE NOS DEUX SUEURS

    Je dors en t’attendant à l’ombre d’un clocher…

    L'ombre du campanile est un souffle clignoteur,

    Un soleil hésitant entre deux éclipses,

    Vert et rouge, comme le drap étouffant le râle d’un patriarche.


    Le signal :

    (Contour sonore confus,

    Tour à tour,

    Content,

    Tour à tour

    Cousu sur le visage croisé

    Des vieillardes marâtres : les piétonnes)

     

    Je dors en t’attendant à l’ombre des matines.

    Les anges ont cessé d’entonner le noir syntactique

    Et le chant du fantôme laisse un soir transparent,

    Un autre soir, communiste…

     

    Le crépuscule est la voix d’un prêtre en aube austère.

    Un rauque, une robe de glaires qui résonne et qui résiste,

    Un rauque donc, avance courbé, sans un manche, sans un pli

    Dans l’odeur des cadavres tièdes.

     

    Autour des yeux, clignant des grappes de valises,

    La colère du peuple martèle

    Un piédestal rampant, un roc reptile,

    Une colonne caméléon...

     

    Je dors en t’attendant à l’ombre des Belles,

    Se dédisent mes jambes, mes bras...

    Elles s’accrochent, et leur beauté vieillotte écartèle,

    Tel un feuillage en feu,

    Les branches d’un bambou d’Automne.

     

    Pourtant la semence est lumineuse

    Et même, elle engendre un pendu qui transpire sous le glauque :

    L’éternité est orange lorsque j’éjacule.

     

    Architecte du sérail incommode, expire !

    (Chez nous, mille objets soyeux circulent le long des rides passagères

    (En tendre cavale : pavillons luisants, nez forgés, paupières ferreuses et de cuirasse,

    Tantôt texture plaisante, tantôt Chemin des Dames !

     

    Expire ! Expire !

     

    Je dors en t’attendant, à l’ombre,

    En cabane. Le carillon annonce l’heure du souper.

    Il faut que je te croque.

     

    Les descendants du Pouvoir ont des barreaux rouillés (aux fenêtres) :

    Les fentes mouillées, MOBY DICK épouses, forment des mâchoires grises,

    Et le rouge est langoureux !

     

    Il faut que je te croque. Il faut que je te croque.

     

    Les catholiques ont mal au ventre,

    Les cathos sont des scatos,

    Les cathos ont la colique.

     

    Derrière les fagots, dans leur chambre froide,

    Nos invités sans âge, les poilus,

    Ne veulent pas voir nos deux corps

    Festoyer…

     

    L’attente est longue et laisse pourrir aux flancs le tronc Eucharistique.

     

    Adieu lourd sommeil latent, tendres nuits des paradoxes,

    Adieu vie et mort phagocyte,

    Car cette nuit justement peut vouloir que je te croque !

     

    Bruno BISARO

    2005, les éditions Geneviève PASTRE / L'intrépide Bruno Bisaro