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GENEVIEVE PASTRE

Geneviève Pastre nous a quittés dans la nuit du 16 au 17 février 2012. Je reviens de Saintes où se tenait l'ultime cérémonie et je porte en moi une joie presque communicative. La joie des siens, pure, généreuse, anticonformiste, théâtrale, dans le sens noble du terme et c'est cette joie qu'elle avait que j'ai retrouvée en eux. Je pense avant tout à sa famille, à ses proches, aux Octaviennes dont je partage ici la peine mais à qui je souhaite de rester joyeux, à qui je souhaite de porter toujours en elles, en eux et hors d'eux cette joie qui leur ressemble, qui lui ressemble, en toute circonstance.

 

Bruno, Paris, le 22 février 2012

 

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Arracher les gens à la "cacanie"

La théorie de la connaissance et l’expression poétique ne devraient pas pouvoir coexister avec le refuge dans l’art ou dans la tour d’ivoire, ni se contenter de la beauté poétique ou de la perfection austère de la réflexion philosophique mais entraîner la volonté d’agir. L’action peut être l’engagement direct ou l’action par les mots, de la musique avec des mots, ou de l’art comme outils capables de susciter la conscience et la mobilisation du plus grand nombre autant que de l’élite, des milliers de petites lumières et empêcher la fossilisation des formes de vie. Nous devrions parvenir à arracher les gens à la « cacanie ».

Geneviève PASTRE / L'état poétique

 

 

Comme si l'espace coïncidait avec la décision d'étendre les bras

Mes premiers pas dans les portes qui s’ouvrent. J’édifie l’incorruptible rêverie brodée sur les lieux d’élaboration. Par exemple, aux fenêtres, se pencher aux dehors, vers ces lieux favoris, lorsqu’ils s’arrêtent sur un rythme long. A l’opposé des années silencieuses, où l’on s’ennuie devant la figure de proue. Une émanation de la lumière s’approche au plus près, filant vers le futur, d’une totale fluidité. Partout, jusqu’au matin, l’odeur de la même heure dissimule à mes yeux la semaine d’après toute fraîcheur. Un soleil d’il y a très longtemps se change en sable. Pourquoi un rouge a-t-il besoin de se dire ? Comme si l’espace coïncidait avec la décision d’étendre les bras.

Geneviève PASTRE / Invia

 

 

 Je vois / Toi aussi traverse intensément le connu


Je vois du rose et du vert

de l’orange

des jaunes et des rouges

des bleus de cathédrales

de l’outremer de Grèce

 

Je vois des cerises sur le cerisier du jardin

 

     - Mais s’écrie l’homme d’affaires

ce n’est pas la saison tu rêves

vois-tu dans l’avenir ?

 

Je vois des pommes des enluminures

les tableaux de la maison d’en face à travers

les murs

 

Je vois les vraies couleurs

la couleur des brioches et des mottes de beurre

la peau mate ou rose de visages de femmes

et le visage rouge brique de ce paysan

 

Derrière celui de la femme aimée

je vois tant de regards ils se contiennent

les uns dans les autres

 

Geneviève PASTRE / Vis-à-vis

 

 

 

Un pied dehors un pied dedans / Nous avons choisi  le risque de vivre

Ne jamais renoncer à l’utopie, ni à la révolte, mais ne jamais se contenter d’elles. Tenter d’élaborer des perspectives nouvelles et de leur donner leur place sur l’échiquier politique. Faire levier, être un partenaire avec lequel on doit compter.

Incarner dans la société des phénomènes de modes de vie, des réalités qui sont à peine prises pour des faits de société, les faire reconnaître comme tels. Etre acteurs pas seulement dans la vie civile mais au niveau des décisions. De cette phrase « il faut tester l’utopie », j’en suis à « tester ». Nous sommes un certain nombre à y être décidés. Mais un pied dehors un pied dedans. Revenir de loin et être là sur le terrain. Ne pas se laisser enclaver. Notre première expérience forte pour certains d’entre nous a été celle d’un désir non reconnu, mais si fort, si évident, si bon, que nous nous sommes plantés sur notre refus et que nous avons choisi le risque de vivre.

 

Geneviève PASTRE / Une femme en apesanteur

 

(à Geneviève)

J'ai largué Pasolini (Pier Paolo) comme on largue un vieil amant. J’ai déserté son théâtre de parole (je suis sorti de dessous la terre, des décombres et de la vétusté d’une chambre aux murs imprégnés de sang et de sueur tangible). J’ai brûlé son manifeste pour un nouveau théâtre après avoir condamné son manque d’élégance (celle d’un Italien d’Amérique) et son manque d’honnêteté intellectuelle (pur intellectualisme). Je me suis écorché à l’écorce d’un hêtre cher ; il ne me restait plus rien de l’idée originelle. L’idée d’aller au théâtre avec le souci d’entendre plutôt que de voir est déjà une supercherie. Pasolini s’est fourvoyé depuis le début. Dès le commencement.

Pasolini ne fut un homme de théâtre que par accident : un ulcère à l’estomac et encore ne fut-il que son fossoyeur. Son théâtre s’écrit comme il se pense (écriture martyrisée) dans le spectacle de la continuité du silence, celle de son œuvre littéraire. Pasolini n’a fait que perpétuer le mythe du verbe assassiné par la mise en scène. C’est lui l’abominable et non pas Albee. Effroyable minotaure ! Hors de lui-même son idée de style, son stylo et son sexe en érection.

Hors de nous-mêmes ! J’ai relu récemment Irène Némirovsky et sa suite franchouillarde et je l’ai reconnu dans les traits de Corte, dans cette figure de l’écrivain dignement stupide et raté.

Tu es l’assassin de Pasolini en moi.

Bruno BISARO / La Riposte

Paru dans LESBIA MAGAZINE / Mars-Avril 2012

 

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